Visiter le vieux Lyon : quartiers, traboules et idées d’itinéraires pour plonger dans l’âme de la ville

Visiter le vieux Lyon : quartiers, traboules et idées d’itinéraires pour plonger dans l’âme de la ville

Il y a des villes qu’on visite, et d’autres qu’on traverse comme un livre ouvert. Le Vieux Lyon appartient clairement à la deuxième catégorie. En quelques ruelles pavées, vous passez de la Renaissance aux terrasses animées, des cours secrètes aux points de vue sur la colline de Fourvière. Et si on prenait le temps d’y flâner vraiment, comme le ferait un Lyonnais du dimanche matin… ou un voyageur curieux avec un carnet de notes en poche ?

Comprendre le Vieux Lyon en quelques pas

Le Vieux Lyon, c’est le quartier historique lové au pied de la colline de Fourvière, sur la rive droite de la Saône. Longtemps délaissé, il a été l’un des premiers secteurs sauvegardés de France. Aujourd’hui, c’est l’un des cœurs battants de la ville, un condensé de ruelles médiévales, d’immeubles Renaissance et de bonnes adresses où l’on traîne volontiers plus longtemps que prévu.

Le quartier se découpe en trois « sous-mondes » qui ont chacun leur personnalité :

  • Saint-Paul, le côté un peu bohème et arty
  • Saint-Jean, l’épicentre touristique et historique
  • Saint-Georges, plus calme, presque village

La magie du Vieux Lyon repose aussi sur un mot que vous entendrez forcément : les traboules. Ces passages discrets traversent les immeubles, relient rues et cours intérieures, et offrent une plongée très concrète dans l’histoire lyonnaise, celle des canuts, des imprimeurs et des habitants anonymes qui se faufilaient par ces couloirs pour travailler, se protéger… ou simplement gagner du temps.

Les trois visages du Vieux Lyon : Saint-Paul, Saint-Jean, Saint-Georges

Commencez votre balade par Saint-Paul, souvent un peu moins fréquenté que Saint-Jean. Autour de la gare Saint-Paul, les façades colorées regardent la Saône avec un air faussement nonchalant. Au petit matin, quand les livraisons se font encore entendre et que les terrasses terminent de s’installer, le quartier a des airs de coulisses de théâtre.

En remontant vers la place du Change, imaginez la rumeur des foires et des changeurs de monnaie d’autrefois : Lyon était un carrefour commercial européen, et ces bâtiments ornés témoignent encore de cette prospérité. J’aime m’arrêter un instant sous les arcades de la loggia des Italiens, lever les yeux vers les détails des fenêtres, et me rappeler que la Renaissance, ici, n’est pas un chapitre de manuel d’histoire mais une vraie matière vivante.

En glissant progressivement vers le sud, vous entrez à Saint-Jean, le « monde central ». La cathédrale Saint-Jean s’impose, massive et douce à la fois, avec sa façade gothique et sa célèbre horloge astronomique. À l’intérieur, la lumière filtre différemment selon l’heure du jour : en fin d’après-midi, les vitraux prennent des teintes presque dorées, parfaites pour un moment de silence après une journée à crapahuter.

Les ruelles autour de la rue Saint-Jean sont un concentré de ce que beaucoup imaginent quand on parle de Vieux Lyon : hauts immeubles Renaissance, cours intérieures cachées, odeur de praline chaude, bouchons qui se remplissent dès midi. On y croise des familles, des groupes de touristes, mais aussi des Lyonnais qui traversent le quartier par habitude, un parapluie à la main, comme si ces bâtiments vieux de 500 ans faisaient simplement partie du décor quotidien.

En poursuivant encore un peu vers le sud, Saint-Georges offre un décrescendo bienvenu. Moins dense, plus intime, il arbore une atmosphère légèrement bohème, avec sa église Saint-Georges au clocher élancé, ses escaliers qui grimpent vers la colline et ses petits cafés où l’on refait le monde en fin de journée. C’est le quartier où j’aime finir mes balades, quand la lumière tombe sur la Saône et que la ville commence à se couvrir de reflets orangés.

Les traboules du Vieux Lyon : comment les découvrir (sans déranger les habitants)

Impossible de parler du Vieux Lyon sans évoquer les traboules. Ces passages, parfois droits comme un couloir, parfois sinueux comme un labyrinthe, sont l’âme secrète du quartier. Ils ont servi au transport de la soie, aux déplacements des habitants, et même aux résistants pendant la Seconde Guerre mondiale.

On me demande souvent : « Est-ce qu’on peut vraiment entrer dans ces traboules ? » Oui… mais pas n’importe comment. Beaucoup sont privées mais ouvertes au public en journée, grâce à un accord entre la Ville et les copropriétés. Cela implique de respecter quelques règles simples :

  • rester silencieux ;
  • ne pas fumer, ne rien laisser derrière soi ;
  • éviter les gros groupes bruyants, surtout tôt le matin ou le soir ;
  • refermer délicatement les portes derrière soi.

Pour les repérer, guettez les petites plaques « Cour et traboule » ou « Passage ». Certaines adresses sont devenues des “classiques” pour une première découverte :

  • La traboule du 27 rue Saint-Jean au 6 rue des Trois-Maries : une belle enfilade de cours et de galeries, parfaite pour comprendre la structure d’un immeuble Renaissance.
  • Celle du 54 rue Saint-Jean : on y découvre une cour intérieure typique avec son escalier à vis et ses arches élégantes.
  • Dans le secteur Saint-Paul, plusieurs traboules relient les rues Lainerie, Juiverie et Saint-Paul : une jolie manière de zigzaguer d’une place à l’autre.

Si vous avez peur de manquer les plus belles, vous pouvez utiliser les plans fournis par l’office de tourisme ou suivre une visite guidée. Mais il y a un plaisir presque enfantin à pousser une porte discrète (ouverte, toujours), à s’engager dans un couloir sombre, puis à déboucher sur une cour baignée de lumière. C’est peut-être le moment précis où l’on tombe amoureux du Vieux Lyon.

Un itinéraire pour une demi-journée dans le Vieux Lyon

Vous n’avez que quelques heures à lui consacrer ? Voici une trame pour un premier contact, que vous pouvez adapter selon vos envies.

Départ : Saint-Paul

Commencez vers la gare Saint-Paul. Traversez la place Saint-Paul, observez la façade de l’église, puis perdez-vous volontairement dans les rues Juiverie et Lainerie. Cherchez une première traboule, puis laissez vos pas vous mener progressivement vers le sud, en direction de Saint-Jean.

Pause histoire : place du Change et rue Saint-Jean

Sur la place du Change, prenez le temps de lever les yeux sur les façades finement sculptées. Puis filez vers la rue Saint-Jean, artère principale du quartier. Poussez une porte, découvrez une cour, ressortez un peu plus loin : c’est l’essence même du Vieux Lyon.

Étape incontournable : cathédrale Saint-Jean

Arrêtez-vous à la cathédrale. Entrez quelques minutes, ne serait-ce que pour apercevoir l’horloge astronomique et la perspective de la nef. À la sortie, retournez-vous : par beau temps, on aperçoit tout là-haut la basilique de Fourvière, comme une sentinelle.

Fin de balade : Saint-Georges

Poursuivez vers le sud, en direction de l’église Saint-Georges. Le flot de passants se fait moins dense, les ruelles plus calmes. C’est le moment idéal pour une pause sur une terrasse, un café ou un verre de vin à la main, en regardant le soleil glisser sur la Saône.

Une journée complète : Vieux Lyon, Fourvière et bords de Saône

Si vous disposez d’une journée entière, vous pouvez enrichir la découverte en prenant un peu de hauteur.

Matin : de Saint-Jean à Fourvière

Commencez par flâner dans Saint-Jean pendant que le quartier se réveille. Puis, au lieu de rester au niveau de la Saône, empruntez le funiculaire depuis la station Vieux Lyon. En quelques minutes, vous voilà sur la colline de Fourvière. La vue depuis l’esplanade de la basilique est l’une des plus belles sur Lyon : on distingue le Vieux Lyon juste en dessous, la Presqu’île, les tours de la Part-Dieu, et, par temps clair, les Alpes au loin.

En redescendant vers le Vieux Lyon à pied, vous pouvez passer par les théâtres antiques, longer les jardins, puis suivre les escaliers qui rejoignent Saint-Jean. La transition entre la hauteur sacrée et le maillage serré des ruelles médiévales est particulièrement frappante.

Après-midi : traboules, musées et flânerie

L’après-midi, accordez-vous du temps pour explorer d’autres traboules et, si l’envie vous prend, un musée. Le Musée Gadagne (histoire de Lyon et marionnettes), caché dans un bel hôtel particulier, est à la fois instructif et reposant, avec son jardin suspendu qui offre une parenthèse de verdure au milieu des toits.

Vous pouvez ensuite rejoindre les quais de Saône, récemment réaménagés. S’asseoir sur un banc, regarder les péniches, suivre le fil de l’eau : c’est une autre façon de comprendre la ville, par ses reflets et ses courants.

Une soirée gourmande au cœur du Vieux Lyon

Le Vieux Lyon change d’ambiance à la tombée de la nuit. Les lumières se reflètent dans les pavés, les salles des restaurants s’illuminent, et les conversations s’étirent autour de plats généreux.

Pour une soirée typiquement lyonnaise, l’incontournable reste le bouchon. Ces petits restaurants proposent des spécialités roboratives : quenelles, tablier de sapeur, cervelle de canut, salade lyonnaise… On y discute volontiers avec la table d’à côté, on partage souvent les adresses, on se promet de revenir.

Si vous préférez une ambiance plus légère, des bistrots et caves à vin parsèment également le quartier, notamment du côté de Saint-Paul et Saint-Georges. L’idée ? Un verre de côte du Rhône, quelques tapas ou une planche de charcuterie, et l’impression de flotter entre les siècles, porté par le murmure de la Saône toute proche.

Où dormir pour profiter pleinement du Vieux Lyon

Pour ressentir vraiment le quartier, rien ne vaut une nuit sur place. Se réveiller avec le son discret des livraisons, ouvrir ses volets sur une cour intérieure ou une façade colorée, c’est une expérience à part entière.

Dans et autour du Vieux Lyon, vous trouverez :

  • des petits hôtels de charme installés dans des bâtiments anciens, avec poutres apparentes, escaliers de pierre et chambres mansardées ;
  • quelques adresses plus contemporaines sur la Presqu’île, à quelques minutes à pied, pour ceux qui aiment le contraste entre modernité et quartier historique ;
  • des chambres d’hôtes plus intimistes, parfois nichées au fond de traboules ou donnant sur des cours secrètes.

Mon conseil ? Choisir un hébergement à distance de marche de la station Vieux Lyon. Cela vous permet de rayonner facilement dans toute la ville (métro, funiculaire, Presqu’île) tout en gardant le Vieux Lyon comme « base arrière » pour vos soirées.

Quelques conseils pratiques pour une visite réussie

Le Vieux Lyon se savoure mieux avec un peu d’anticipation, mais sans tout figer dans un planning strict. Quelques repères peuvent néanmoins vous simplifier la vie.

  • Meilleur moment de la journée : le matin pour la tranquillité des rues, la fin d’après-midi pour la lumière sur les façades, la soirée pour l’ambiance des terrasses.
  • Période de l’année : le printemps et l’automne sont idéaux. L’été, le quartier reste agréable, mais prévoyez de l’eau et des pauses à l’ombre. L’hiver lui donne une atmosphère presque théâtrale, surtout par temps de brume.
  • Chaussures : indispensables : de bonnes chaussures pour supporter les pavés (vos chevilles vous diront merci).
  • Orientation : laissez le GPS dans la poche et faites confiance à la topographie : la Saône comme fil conducteur, la colline de Fourvière comme repère. On se perd rarement vraiment dans le Vieux Lyon.

Adresses et petits plaisirs pour plonger dans l’âme du quartier

Au-delà des monuments, ce sont souvent les petits rituels qui construisent le souvenir d’un voyage. Dans le Vieux Lyon, j’aime improviser mon propre « rite » du jour :

  • commencer par un café en terrasse du côté de Saint-Paul, en observant les habitants qui filent au travail ;
  • croquer dans une praline rose ou une part de tarte aux pralines achetée dans une boulangerie du quartier ;
  • m’offrir un passage par une traboule au hasard, juste pour le plaisir de revoir la pierre sous un autre angle ;
  • faire une halte silencieuse dans la cathédrale Saint-Jean, ne serait-ce que cinq minutes ;
  • terminer la journée sur les quais de Saône, en regardant les lumières se refléter sur l’eau.

Au fond, visiter le Vieux Lyon, ce n’est pas cocher une liste de monuments. C’est accepter de marcher lentement, de se laisser surprendre par une porte entrouverte, un escalier qui monte, une odeur qui s’échappe d’une cuisine. C’est sentir que sous les pavés, il n’y a pas seulement l’histoire, mais des milliers de vies entremêlées.

La prochaine fois que vous pousserez la porte d’un hôtel à Lyon, demandez-vous : et si je profitais de cette escapade pour me perdre un peu plus longtemps dans ces ruelles-là ? Le Vieux Lyon ne se livre jamais complètement en une seule visite. Et c’est sans doute ce qui donne envie d’y revenir.