Il y a des quartiers qu’on ne visite pas, on les adopte. Le Vieux Lyon fait partie de ceux-là. À peine franchi le pont qui enjambe la Saône, le pavé se met à raconter des histoires, les façades se parent d’ocre et de rose, et l’on se surprend à ralentir le pas. On n’est plus vraiment dans une grande ville, mais dans une sorte de théâtre à ciel ouvert, où résonnent encore les pas des marchands italiens, des artisans soyeux et des canuts.
Si vous prévoyez de consacrer une journée au Vieux Lyon, autant la savourer pleinement : monuments, traboules secrètes, pauses gourmandes et points de vue sur les toits… Je vous embarque pour un itinéraire qui sent la pierre ancienne, la praline chaude et les mystères derrière les portes cochères.
Comprendre le Vieux Lyon en quelques ruelles
Avant de partir à l’assaut des monuments, il faut prendre le temps de « lire » le quartier. Le Vieux Lyon, c’est d’abord trois grandes entités qui se rejoignent :
Les ruelles sont étroites, souvent pavées, et bordées d’immeubles Renaissance aux couleurs chaudes. Levez le nez : galeries, loggias, cours intérieures, balcons en ferronnerie racontent la prospérité des familles italiennes et lyonnaises des XVe et XVIe siècles. On comprend vite pourquoi le quartier est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Le Vieux Lyon n’est pas immense, mais il a un talent : celui de multiplier les détours. Entre deux façades, une porte ouverte laisse deviner une cour mystérieuse, une arche sombre signale l’entrée d’une traboule, une petite impasse semble ne mener nulle part… et finit parfois par déboucher sur la Saône. Prévoyez du temps pour vous perdre, c’est le meilleur moyen de le découvrir.
Les monuments à ne pas rater
On pourrait passer des heures à flâner sans but, mais certains lieux méritent que l’on s’y attarde, voire que l’on y entre. En voici quelques-uns pour structurer votre journée.
La Cathédrale Saint-Jean
Symbole du quartier, la cathédrale Saint-Jean est souvent le premier contact avec le Vieux Lyon. Sa façade mêlant roman et gothique, ses vitraux, sa nef lumineuse… mais surtout son trésor le plus fascinant : l’horloge astronomique.
À l’intérieur, approchez-vous de cette merveille du XIVe siècle. Elle indique la date, la position de la lune, du soleil et des étoiles, et s’anime à certaines heures (renseignez-vous sur les horaires sur place, ils varient). Je me souviens encore de la première fois où je l’ai vue s’éveiller, le silence se faire dans la cathédrale, puis ce léger cliquetis mécanique avant que les petites figurines ne se mettent en mouvement. Un voyage dans le temps en quelques secondes.
La Primatiale… et sa place
Ne négligez pas la place Saint-Jean elle-même. Le matin, elle est baignée d’une lumière douce, idéale pour photographier la façade. En fin de journée, elle se transforme en salon urbain : terrasses, familles, musiciens de rue. Installez-vous quelques minutes, face à la cathédrale, juste pour observer la vie du quartier. C’est souvent là que l’on ressent le mieux le mélange entre ville touristique et quartier habité.
Le Palais de Justice et la passerelle du Palais
En longeant la Saône vers le nord, vous tomberez forcément sur le Palais de Justice, surnommé « les 24 colonnes ». Même si vous ne rentrez pas, sa façade néoclassique a fière allure. Juste en face, la passerelle du Palais offre l’une des plus belles vues sur le Vieux Lyon d’un côté, et sur la colline de Fourvière de l’autre, avec la basilique veillant sur le quartier. Un spot parfait pour les photos, surtout au coucher du soleil.
Les musées Gadagne
Derrière une façade presque discrète se cachent deux joyaux : le Musée d’Histoire de Lyon et le Musée des Arts de la Marionnette. Ce dernier plaira autant aux adultes qu’aux enfants (Guignol n’est jamais très loin à Lyon), tandis que le musée historique vous donnera les clés pour comprendre la ville, de la Rome antique à la ville contemporaine.
Mon conseil : ne manquez pas le jardin suspendu au dernier étage. Un petit havre de paix, perché au-dessus des toits, parfait pour une parenthèse au calme pendant la journée.
La montée vers Fourvière
Certes, Fourvière n’est plus à proprement parler dans le Vieux Lyon, mais c’est sa colline-mère. Pour relier les deux, vous avez le choix :
Une fois en haut, la basilique de Fourvière vous offre un panorama spectaculaire sur la ville, le Vieux Lyon lové au pied de la colline, la Presqu’île et, par temps clair, les Alpes au loin.
Traboules et ruelles secrètes : le jeu de piste lyonnais
Impossible de parler du Vieux Lyon sans évoquer ses traboules. Ces passages traversant les immeubles pour relier deux rues ont servi aux canuts, aux résistants, et aujourd’hui… aux flâneurs curieux.
Comment les trouver ?
Beaucoup de traboules sont signalées par de petites plaques ou des panneaux indiquant un passage public. Il suffit de pousser les portes (doucement !) et de se laisser guider à travers les cours intérieures, les escaliers en colimaçon, les galeries couvertes.
Quelques adresses emblématiques dans le Vieux Lyon :
Les bonnes manières en traboule
N’oubliez pas que beaucoup de traboules traversent aujourd’hui des immeubles habités. On se fait discret, on chuchote, on ne fume pas dans les cours, et on évite de bloquer le passage. Pensez que derrière chaque fenêtre, il y a une vie de quartier qui continue loin du flux des visiteurs.
Petite astuce : partez tôt le matin si vous voulez profiter des traboules dans un calme presque irréel. Le Vieux Lyon a alors un parfum de ville encore endormie, avec les pavés humides et les premières lumières dans les cafés.
Une journée idéale dans le Vieux Lyon
Comment organiser au mieux votre journée pour profiter des monuments, des ruelles et des bonnes adresses sans courir ? Voici une proposition de fil conducteur, à adapter selon vos envies.
Matin : le quartier s’éveille
Commencez par arriver tôt, vers 9h si possible. La rue Saint-Jean n’est pas encore bondée, les commerçants lèvent leurs rideaux, et la lumière du matin flatte les façades pastel. Passez un moment sur la place Saint-Jean, entrez dans la cathédrale, prenez le temps de détailler l’horloge astronomique.
Puis, flânez vers Saint-Paul : ce secteur est souvent un peu moins fréquenté et a gardé une ambiance de petit village. La place Saint-Paul et son église, les petites rues qui serpentent vers la Saône… C’est aussi un bon point de départ pour arpenter quelques traboules en douceur.
Midi : un bouchon, évidemment
On ne visite pas le Vieux Lyon le ventre vide. Vers midi, laissez-vous attirer par un bouchon lyonnais. Oui, certains sont très touristiques, mais on y trouve encore des tables où l’on sert une cuisine généreuse, conviviale, sans chichis :
N’hésitez pas à réserver, surtout le week-end. Et gardez une petite place pour un dessert, ne serait-ce que pour une tarte aux pralines, histoire de rester dans le ton local.
Après-midi : musées, traboules et montée sur la colline
Après le déjeuner, direction les musées Gadagne si vous aimez comprendre l’âme d’une ville à travers son histoire. La visite peut se faire à votre rythme, avec une pause dans le jardin suspendu pour reprendre votre souffle.
Ensuite, accordez-vous un moment d’errance : rue du Bœuf, rue Saint-Jean, place du Gouvernement, place du Change… Poussez les portes des traboules ouvertes, passez de cour en cour. Laissez-vous surprendre par une tourelle d’escalier, un puits, un vieux heurtoir encore en place.
Dans l’après-midi, empruntez le funiculaire ou les escaliers pour rejoindre Fourvière. Visite de la basilique, panorama sur toute la ville, promenade dans les jardins du site archéologique romain… Et ce moment toujours un peu magique où l’on repère, en contrebas, les toits serrés du Vieux Lyon que l’on vient de parcourir.
Fin de journée : la lumière dorée sur la Saône
Redescendez vers le Vieux Lyon en fin de journée. L’ambiance change à nouveau : les ruelles se parent de lumière dorée, les terrasses se remplissent, les pas résonnent différemment sur le pavé. Traversez la Saône par la passerelle du Palais ou celle du Change, retournez-vous, et prenez le temps d’admirer le quartier depuis la Presqu’île. C’est l’un des plus beaux points de vue pour mesurer l’harmonie entre la colline, la rivière et le Vieux Lyon à ses pieds.
Où faire une pause : cafés, douceurs et instants suspendus
Une journée dans le Vieux Lyon, c’est aussi une succession de petites haltes qui rythment la découverte.
Le café du matin
Privilégiez les adresses légèrement en retrait de la rue Saint-Jean pour un moment plus calme. Une petite terrasse sur une place, un comptoir où les habitués discutent avec le serveur… C’est souvent là que l’on capte le mieux la vie du quartier, loin des flux de groupes qui passent en file indienne.
Une douceurs à l’heure du goûter
Impossible de résister aux vitrines des pâtisseries et chocolateries du quartier. Pralines, coussins de Lyon, brioches, glaces artisanales en été : de quoi reprendre des forces avant d’attaquer une nouvelle série de traboules. Pour un plaisir simple, un cornet de glace dégusté le long de la Saône fait partie des petits bonheurs de la visite.
Apéritif au bord de l’eau
En fin de journée, la rive de la Saône s’anime. Certains préfèreront une terrasse avec vue sur les façades colorées, d’autres iront s’asseoir sur les quais, un peu plus au nord, pour regarder les reflets des maisons dans l’eau. Dans les deux cas, c’est un moment parfait pour laisser retomber le rythme et regarder le quartier se préparer pour la soirée.
Conseils pratiques pour profiter pleinement du Vieux Lyon
Quelques repères pour rendre votre journée plus fluide.
Quand venir ?
Le Vieux Lyon est agréable toute l’année, mais :
Comment s’y rendre ?
Le quartier est très bien desservi :
Comment s’habiller et quoi emporter ?
Les pavés et les escaliers font partie du charme, mais ils ne sont pas tendres avec les chaussures inadaptées. Privilégiez des chaussures confortables, surtout si vous comptez monter jusqu’à Fourvière. Une petite bouteille d’eau, un sac léger, et c’est tout : le Vieux Lyon se visite mieux sans être encombré.
Et avec des enfants ?
Le quartier se prête bien à une visite en famille. Les traboules se transforment vite en terrain de jeu et de découverte, les marionnettes de Guignol au musée Gadagne ou dans certains théâtres du quartier font mouche, et la montée en funiculaire jusqu’à Fourvière a toujours son petit effet. Seul bémol : les poussettes peuvent souffrir sur les pavés et les escaliers, prévoyez un porte-bébé si besoin.
Où dormir pour prolonger l’expérience ?
Pour ceux qui veulent vraiment s’immerger dans l’ambiance du quartier, dormir dans ou tout près du Vieux Lyon est une excellente idée. Le soir, quand les groupes repartent, le quartier retrouve une douceur presque méditative.
Vous trouverez :
Se réveiller avec la vue sur les toits et descendre prendre son café dans une ruelle encore calme avant le tumulte de la journée, c’est une autre façon de rencontrer le Vieux Lyon, plus intime, presque complice.
Au fond, visiter le Vieux Lyon, ce n’est pas seulement enchaîner les « incontournables ». C’est accepter de ralentir, de se laisser surprendre par une cour cachée, un parfum de cuisine qui s’échappe d’une fenêtre, un rayon de lumière sur une pierre usée par les siècles. Une journée suffit pour en tomber amoureux, mais il en faudra plusieurs pour vraiment apprivoiser ce quartier qui, sous ses airs de carte postale, reste d’abord un morceau bien vivant de la ville.